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Chronique "Au temps qu'il passe..."

au_temps_qui_passe_backUne ile – une tempête – un secret. Les éléments se déchainent, le vent siffle rageusement, l’océan déborde et les arbres cassent. Leurs branches s’envolent et frappent contre les volets. Le verre éclate. La nature, enfiévrée, est à l’image du cœur humain. Les sentiments ont été tus depuis trop longtemps. Les railleries, les humiliations, l’abandon, toutes ces blessures enfermées dans un coffre depuis des années se réveillent. La serrure saute, et bientôt, il est trop tard, la haine surgit, intacte. Et c’est la plus irrationnelle des haines, car elle est née de l’amour.

C’est dans cet univers riche en couleurs et en émotions que nous jette Magali Junjaud. Tout commence par un enterrement. Julie, amie chère de Charlotte et de Patricia, est décédée après de longs mois de maladie. Mais voilà, elles ne se sont pas vues depuis des années, et tout les oppose, hormis leur inimitié. Charlotte pleure à chaudes larmes; Patricia est incapable d’un sanglot. Charlotte cherche l’attention et le réconfort; Patricia ne réclame que la solitude. Charlotte a été incapable de supporter l’agonie de Julie; Patricia, elle, l’a supportée jusqu’à son dernier souffle. Les premiers mots qu’elles s’échangent sont sans appel : « Sans cœur » murmure Charlotte. « Hypocrite. » réplique Patricia, sans même un regard.

Ces paroles entre les deux femmes donnent le ton au récit entier. Chaque réplique est savoureuse et empreinte de ce venin irraisonné. L’auteure manie avec subtilité l’art du dialogue, laissant penser au lecteur que quelque chose se cache certainement sous des propos aussi véhéments. Pourtant, le passé et ses secrets ne sont révélés qu’au compte-gouttes dans des flash-backs qui donnent toute leur profondeur aux personnages.

Bref, les dialogues donnent une note grinçante, sardonique, à l’ensemble du récit. Si j’ai parfois eu l’impression de lire une satire rudement bien menée sur les rapports amoureux et essuyé de nombreux fous rires devant les maintes situations rocambolesques, les larmes ne sont pourtant pas loin. En effet, la présence de Julie, l’amie disparue, est omniprésente dans l’histoire. On sent comment sa perte est douloureuse pour les deux amies, mais surtout pour Édouard, son veuf. Si douloureuse et si profonde que j’ai eu envie de l’avoir connue, moi aussi.

Entre le rire et les larmes. Tel est Au temps qu’il passe.

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Par Anaïs Paquin

 

 

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