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Dickinson : une série télé lesbienne historique sur Apple TV

Date de publication : - par Kyrian Malone

Série Dickinson, représentation lesbienne et queer d’Emily Dickinson et de Susan Gilbert

Dickinson est une série télévisée américaine qui a rapidement marqué le paysage des séries lesbiennes contemporaines. En revisitant la vie d’Emily Dickinson à travers un prisme résolument moderne, la série Apple TV+ propose une relecture queer, féministe et profondément lesbienne de la poétesse américaine. Ici, l’histoire littéraire se mêle au désir, à l’intime et à la révolte intérieure, loin de toute vision figée ou académique.

Sommaire

Fiche série en bref

  • Titre original : Dickinson
  • Créatrice : Alena Smith
  • Diffusion : Apple TV+, du 1er novembre 2019 au 24 décembre 2021
  • Saisons : 3 saisons, 30 épisodes au total
  • Rôles principaux : Hailee Steinfeld (Emily Dickinson), Ella Hunt (Sue Gilbert), Adrian Blake Enscoe (Austin Dickinson), Jane Krakowski (Emily Norcross Dickinson), Toby Huss (Edward Dickinson), Anna Baryshnikov (Lavinia Dickinson)
  • Genre : fiction historique, drame, comédie dramatique, série lesbienne
  • Distinction : Peabody Award 2020, première série Apple TV+ à recevoir cette récompense

Dickinson : de quoi parle la série ?

Dickinson se déroule dans l’Amherst puritain du XIXe siècle, mais refuse tout naturalisme poussiéreux. La série suit Emily Dickinson, jeune femme brillante, ironique et profondément en décalage avec son époque, qui rêve de poésie, de liberté et d’absolu dans une société qui n’offre aux femmes qu’un destin domestique.

Le choix narratif est clair : anachronismes assumés, dialogues modernes, musique contemporaine, ruptures de ton. Cette liberté formelle permet à la série de parler frontalement de thèmes actuels comme le patriarcat, la création artistique féminine, la dépression, le désir lesbien et la quête d’identité.

Créée par Alena Smith, ancienne autrice de The Affair, la série affirme dès ses premiers épisodes une identité singulière : classique dans ses costumes, radicale dans sa mise en scène, résolument queer dans son regard. Chaque saison adopte un fil thématique distinct, la gloire dans la saison 1, la célébrité et le regard social dans la saison 2, la guerre et la perte dans la saison 3, qui se déroule en 1862, en pleine guerre de Sécession.

Emily Dickinson, une héroïne wlw au cœur du récit

La grande force de Dickinson réside dans sa représentation explicite et centrale du désir entre femmes. La relation entre Emily, incarnée par Hailee Steinfeld, et Susan Gilbert, interprétée par Ella Hunt, n’est pas un sous-texte timide ou une interprétation tardive : elle est le cœur émotionnel de la série.

Leur lien est montré comme intense, passionné, parfois douloureux, profondément structurant. Susan n’est pas un simple amour inaccessible ou idéalisé : elle est une femme complexe, ambitieuse, lucide sur les compromis imposés par la société. Leur relation explore avec finesse les tensions entre amour, création, jalousie, renoncement et survie sociale, notamment lorsque Susan épouse Austin, le frère d’Emily, une configuration historiquement documentée par la correspondance réelle des deux femmes.

Pour un public wlw, cette représentation est précieuse. Elle ne cherche ni l’exotisme ni la pédagogie. Elle montre un amour lesbien vécu de l’intérieur, avec ses contradictions, ses silences et ses éclats.

Une série lesbienne qui refuse le regard hétérocentré

Dickinson se distingue de nombreuses séries LGBTQ+ par son refus de se justifier. Le lesbianisme d’Emily n’est pas un problème à résoudre, ni un sujet de débat moral. Il est un fait intime, viscéral, qui s’inscrit naturellement dans son rapport au monde et à l’écriture.

La caméra ne fétichise pas les corps. Les scènes d’intimité privilégient l’émotion, la tension, le regard, plutôt que la performance. Cette approche rompt avec une longue tradition de représentations lesbiennes pensées pour un public hétérosexuel, là où de nombreuses productions confondent encore visibilité et disponibilité visuelle.

La série assume un regard situé, féminin et queer, qui parle directement aux spectatrices concernées sans chercher l’approbation extérieure. Ce positionnement la rapproche d’œuvres comme Gentleman Jack, Portrait de la jeune fille en feu ou Ammonite, toutes portées par une volonté de réarticuler le désir lesbien hors des grilles traditionnelles du subtext lesbien.

Poésie, création et désir féminin

Dickinson tisse un lien permanent entre écriture et passion amoureuse. La poésie occupe une place centrale, non comme un ornement culturel, mais comme un espace de survie. Écrire devient pour Emily un acte de résistance face à l’effacement, à la norme, à l’étouffement émotionnel.

La série établit un lien puissant entre création artistique et désir lesbien. L’amour pour Susan nourrit l’écriture, tout comme l’impossibilité sociale de cet amour alimente la frustration et la mélancolie d’Emily. Cette articulation entre corps, texte et interdit donne à la série une profondeur rare.

La poésie n’est pas idéalisée : elle est parfois violente, obsessive, envahissante. Elle isole autant qu’elle libère. Des visions oniriques, une apparition récurrente de la Mort sous les traits de Wiz Khalifa, ou des séquences symbolistes à la limite du théâtre, traduisent visuellement ce que l’écriture provoque dans le corps et dans l’esprit. Là encore, Dickinson refuse toute simplification.

Une relecture féministe et queer de l’Histoire

En revisitant une figure canonique de la littérature américaine, Dickinson interroge la manière dont l’Histoire a effacé ou neutralisé les désirs queer des femmes. La série ne prétend pas livrer une biographie fidèle au sens académique, mais une vérité émotionnelle et politique.

Elle pose une question centrale : combien de voix lesbiennes ont été édulcorées, rendues inoffensives, transformées en figures solitaires et asexuées pour correspondre aux récits dominants ? La véritable Emily Dickinson a laissé derrière elle des centaines de lettres adressées à Sue Gilbert, dont plusieurs à la charge érotique et amoureuse explicite, longtemps reléguées au rang de « correspondance affectueuse » par les premières éditions expurgées de son œuvre.

Cette démarche résonne fortement avec les enjeux actuels de réappropriation des récits queer et de visibilité lesbienne dans la culture populaire, à l’heure où les biopics queer, les essais et les documentaires rouvrent des archives trop longtemps refermées.

Dickinson et la culture wlw contemporaine

Depuis sa sortie en 2019, Dickinson s’est imposée comme une référence dans la culture wlw, en particulier auprès des générations Gen Z et Gen Y. Son esthétique, son ton irrévérencieux et son refus des codes traditionnels en font une série identitaire pour de nombreuses spectatrices lesbiennes.

Elle a contribué à normaliser l’idée qu’une série historique pouvait être radicalement queer sans perdre en crédibilité ou en qualité narrative. Elle prouve qu’il existe un public pour des récits lesbiennes exigeants, audacieux et émotionnellement complexes. Son empreinte se lit encore aujourd’hui dans les nouvelles séries lesbiennes qui assument, comme elle, un propos frontalement queer dans des décors d’époque.

Sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok et Tumblr, les scènes entre Emily et Sue circulent régulièrement sous la bannière « Emisue », avec un engouement qui dépasse largement la durée de diffusion initiale. Ce phénomène de lecture affective, de recontextualisation et d’analyse littéraire témoigne d’une réception durable, bien au-delà du seul public sériephile.

Pourquoi Dickinson reste une série lesbienne essentielle

Dickinson n’est pas une série parfaite, et elle ne cherche pas à l’être. Certaines ruptures de ton peuvent désarçonner, certains choix narratifs divisent. Mais sa sincérité, sa radicalité douce et son engagement lesbien en font une œuvre profondément marquante.

Cette relecture queer de l’Histoire résonne directement avec nos romances lesbiennes historiques, qui redonnent une voix et un désir aux femmes effacées des récits officiels.

Elle offre une représentation lesbienne où le désir n’est ni puni ni édulcoré, où la créativité féminine est centrale, et où la colère, la jalousie et la mélancolie ont droit de cité.

Pour toute personne en quête de séries lesbiennes qui sortent des sentiers battus, Dickinson reste une recommandation incontournable, à ranger aux côtés des grands titres présentés dans notre sélection de films et séries lesbiennes.

Pour prolonger cette exploration des figures lesbiennes historiques, le livre de la série Gentleman Jack offre un autre regard radical sur une femme réelle qui a défié les normes de son époque.

Où regarder Dickinson en streaming

Pour la France comme pour l’international, Apple TV+ est l’unique diffuseur officiel de Dickinson. Les trois saisons y sont disponibles en version française et en version originale sous-titrée, sans passage par une location à l’épisode.

Bande annonce

FAQ : Dickinson et la représentation lesbienne

Emily Dickinson était-elle vraiment lesbienne ?

La sexualité d’Emily Dickinson fait l’objet d’un débat universitaire nourri depuis la publication complète de sa correspondance. Plusieurs centaines de lettres adressées à Sue Gilbert, publiées dans leur version intégrale à partir des années 1990, comportent des déclarations amoureuses explicites, un vocabulaire érotique et des projections d’avenir partagé. Les chercheuses queer, à l’image de Martha Nell Smith ou Ellen Louise Hart, parlent d’une relation amoureuse entre femmes documentée, longtemps minimisée par les premières éditions expurgées.

Combien de saisons compte la série Dickinson ?

La série compte 3 saisons et 30 épisodes au total, diffusés entre novembre 2019 et décembre 2021. Chaque saison est composée de 10 épisodes d’environ 30 minutes.

Où regarder Dickinson en français ?

Dickinson est une exclusivité Apple TV+. La série est proposée en version française doublée et en version originale sous-titrée sur la plateforme. Elle n’est pas disponible légalement sur Netflix, Prime Video, Disney+ ou Canal+ en France.

Dickinson est-elle une série adaptée aux adolescentes ?

La série est classée à partir de 13 ou 16 ans selon les territoires. Elle aborde frontalement la sexualité, la mort, la dépression et certaines scènes de violence historique, sans complaisance. Son ton décalé et ses héroïnes adolescentes la rendent accessible à un public jeune adulte, mais le propos reste exigeant.

Pourquoi Dickinson a-t-elle été arrêtée après trois saisons ?

La fin de la série était prévue dès l’écriture de la saison 3 par Alena Smith, qui a conçu Dickinson comme une trilogie avec un arc narratif fermé. Il ne s’agit donc pas d’une annulation, mais d’un choix créatif assumé par la créatrice et confirmé par Apple TV+ lors de la diffusion finale.

À retenir

Dickinson réécrit la figure d’Emily Dickinson en héroïne wlw à part entière, place la relation avec Sue Gilbert au centre du récit, et assume un regard lesbien rare dans la fiction historique. Trois saisons, trente épisodes, une trilogie fermée : un classique contemporain de la série lesbienne à revoir pour son audace formelle, sa profondeur émotionnelle et sa puissance féministe.

Sources :

Article mis à jour le 23 Avril 2026

À propos de l’autrice

Kyrian Malone, autrice et fondatrice de Homoromance Éditions

Kyrian Malone est une autrice et éditrice franco-québécoise spécialisée dans la littérature lesbienne et LGBTQ+ francophone depuis 2008.

Originaire de Guyane française et aujourd’hui installée au Québec, elle commence son parcours d’écriture en 2006 avant de publier ses premiers romans originaux en 2008. Avec plus d’une centaine de romans à son actif, elle s’est imposée comme l’une des voix les plus prolifiques et engagées de la littérature saphique francophone.

En 2015, elle fonde avec sa compagne Homoromance Éditions, une maison d’édition indépendante dédiée à la promotion de récits authentiques, diversifiés et de qualité dans la littérature lesbienne et queer. Elle y accompagne de nombreuses autrices dans le développement et la publication de leurs œuvres.