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Portrait de la jeune fille en feu : romance lesbienne, casting et chef-d'œuvre de Céline Sciamma

Date de publication : - par Kyrian Malone

Portrait de la jeune fille en feu, film lesbien de Céline Sciamma avec Noémie Merlant et Adèle Haenel

Portrait de la jeune fille en feu est le chef-d'œuvre lesbien que Céline Sciamma signe en 2019, récompensé du Prix du scénario et de la Queer Palm au 72ᵉ Festival de Cannes. En 1h59, le film raconte la rencontre entre Marianne (Noémie Merlant), peintre, et Héloïse (Adèle Haenel), promise à un mariage arrangé à la fin du XVIIIᵉ siècle. Sortie le 18 septembre 2019 chez Pyramide Distribution, l'œuvre est devenue en quelques années une référence absolue du cinéma WLW, citée comme l'une des plus grandes histoires d'amour lesbiennes jamais filmées.

📌 Fiche film

📅 Sortie France : 18 septembre 2019

🎬 Réalisation et scénario : Céline Sciamma

👥 Casting : Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luàna Bajrami, Valeria Golino

🏆 Récompenses : Prix du scénario Cannes 2019, Queer Palm 2019, César de la meilleure photographie 2020

📺 Où voir : Mubi, Canal+, location VOD (Apple TV, Prime Video)

Durée : 1h59

Sommaire

Une histoire d'amour lesbienne libérée du regard masculin

Sciamma fait un choix politique avant tout esthétique : retirer les hommes du cadre. Sur l'île bretonne où Marianne débarque pour peindre en secret le portrait d'Héloïse, aucun personnage masculin n'a de pouvoir narratif. Le film ne cherche pas à justifier l'amour entre femmes ni à le rendre acceptable. Il existe, simplement, pleinement, sans médiation.

Cette absence structurelle permet à la cinéaste de construire une histoire d'amour lesbienne affranchie des codes habituels du cinéma hétérocentré. Le désir ne passe pas par la possession mais par l'observation attentive, la patience, l'écoute. Regarder devient un acte politique. Être regardée devient un acte de confiance. C'est ce que Céline Sciamma a théorisé dans plusieurs entretiens sous le terme de female gaze, un regard porté par une autrice lesbienne qui filme d'autres femmes en sujets, jamais en objets.

💡 Le saviez-vous ? Portrait de la jeune fille en feu a été tourné à l'automne 2018 sur la côte sauvage du Quiberon et au château de la Chapelle-Gauthier en Seine-et-Marne, sur 38 jours, en lumière naturelle uniquement, comme l'a confirmé la directrice photo Claire Mathon dans American Cinematographer en février 2020.

Marianne et Héloïse : une romance fondée sur la réciprocité

La relation entre Marianne, peintre missionnée pour réaliser un portrait destiné à un futur époux milanais, et Héloïse, jeune aristocrate sortie du couvent et promise à un mariage arrangé, se construit lentement. Le film refuse toute dynamique de domination. Aucune n'initie sans l'accord de l'autre. Aucun geste n'est volé. Chaque avancée est négociée, consciente, désirée.

Ce choix narratif est fondamental : le film propose une romance lesbienne où le consentement n'est pas un thème mais une structure. Le désir naît de l'égalité, pas du manque ni de la transgression. Cette manière de raconter le désir, le silence et la mémoire s'inscrit dans une tradition de récits et histoires lesbiennes où l'amour se construit dans le regard, l'attente et ce qui ne peut être dit.

💬 « Sciamma signe un manifeste sur le regard, où aimer, c'est d'abord savoir voir. C'est l'un des plus beaux films d'amour des dernières décennies, toutes orientations confondues. »

- Jacques Mandelbaum, Le Monde, septembre 2019

Le feu, la mémoire et l'impossibilité de durer

Le film n'est pas une utopie. Il sait que cette histoire ne peut pas durer dans le monde tel qu'il est. Mais au lieu de transformer cette impossibilité en tragédie punitive, comme l'a longtemps imposé le trope du Bury Your Gays, Sciamma en fait une réflexion sur la mémoire. Aimer, ici, ne signifie pas posséder ni conserver, mais vivre pleinement un instant, puis le porter en soi.

La dernière partie du film, entièrement construite autour du souvenir, inscrit l'amour lesbien dans le temps long de l'expérience intérieure. Ce qui a existé ne disparaît pas parce qu'il s'achève. Le mythe d'Orphée et Eurydice, lu à voix haute par Marianne, Héloïse et la servante Sophie autour d'un feu, devient la clé de lecture du film : le choix de se retourner pour fixer un visage relève moins de l'amant que du poète, qui préfère un souvenir éternel à une présence condamnée.

Un casting et une équipe technique d'exception

Adèle Haenel et Noémie Merlant portent le film avec une intensité que la critique a unanimement saluée. Adèle Haenel, qui était alors la compagne de Céline Sciamma, livre une performance d'une retenue brûlante. Noémie Merlant, peintre du film, apprend à peindre véritablement à l'huile pendant la préparation, sous la direction de l'artiste plasticienne Hélène Delmaire, dont les toiles signent l'iconographie du long-métrage.

Autour d'elles, Luàna Bajrami incarne Sophie, la servante, dans un sous-récit consacré à un avortement clandestin, et Valeria Golino interprète la Comtesse, mère d'Héloïse. Côté technique, la directrice de la photographie Claire Mathon (récompensée du César 2020) et la cheffe costumière Dorothée Guiraud sculptent une image picturale, inspirée de Caravage, La Tour et Vermeer. La compositrice Para One signe la rare bande originale, marquée par la séquence chorale au feu, créée spécialement pour le film par Arthur Simonini sur un texte de Sciamma elle-même.

📚 Pour prolonger la lecture : si l'amour empêché par le contexte social vous touche, Carol de Todd Haynes est un autre sommet du genre. Notre analyse de Carol revient sur la même tension entre désir lesbien et impossibilité sociale.

Une œuvre centrale du cinéma lesbien contemporain

Portrait de la jeune fille en feu est devenu une référence incontournable du cinéma lesbien, non parce qu'il cherche à représenter « toutes » les lesbiennes, mais parce qu'il affirme une possibilité : celle d'un récit où l'amour entre femmes est traité avec la même exigence esthétique, philosophique et émotionnelle que les grandes histoires d'amour du canon cinématographique.

Il s'agit moins d'un film militant que d'un film souverain. C'est précisément cette souveraineté qui en fait une œuvre politique. Selon une étude du CNC publiée en mars 2020, le film a réuni plus de 660 000 spectateurs en salles en France, performance considérable pour un film d'auteur, et plus de 4,5 millions de dollars au box-office américain selon les chiffres de Neon, son distributeur outre-Atlantique. Dans le sillage de Carol (2015) et de La Vie d'Adèle (2013), il a redéfini ce que peut être un grand film lesbien français.

Tableau récapitulatif : Portrait de la jeune fille en feu

Élément Détail
Réalisation Céline Sciamma
Scénario Céline Sciamma
Casting principal Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luàna Bajrami, Valeria Golino
Production Lilies Films, Arte France Cinéma, Hold Up Films
Distribution France Pyramide Distribution
Photographie Claire Mathon (César 2020)
Musique Para One, Arthur Simonini
Date de sortie 18 septembre 2019 (France)
Durée 1h59
Récompenses majeures Prix du scénario Cannes 2019, Queer Palm 2019, César meilleure photographie 2020
Box-office France 660 000 entrées (CNC, mars 2020)
Disponible sur Mubi, Canal+, VOD Apple TV, Prime Video

⚖️ En un coup d'œil

✅ Romance lesbienne fondée sur la réciprocité, sans regard masculin

✅ Photographie picturale au niveau des grands maîtres flamands

✅ Performance d'Adèle Haenel et Noémie Merlant exceptionnelle

✅ Refus du tragique punitif et du Bury Your Gays

❌ Rythme contemplatif qui peut décourager un public attendant un récit plus rapide

❌ Quasi-absence de musique non diégétique, choix radical mais clivant

Faut-il voir Portrait de la jeune fille en feu aujourd'hui ?

Oui, absolument, surtout pour qui cherche un film lesbien qui refuse les facilités narratives, les clichés esthétiques et les justifications permanentes. Portrait de la jeune fille en feu n'explique pas pourquoi cet amour est légitime. Il le montre, et cela suffit. C'est un film exigeant, silencieux, parfois austère, mais profondément marquant. Un film qui ne se consomme pas, il s'imprime.

Le visionnage gagne à être complété par la découverte d'autres œuvres récentes du même registre, comme Two of Us de Filippo Meneghetti ou Carol de Todd Haynes, et par une lecture des classiques de la filmographie des réalisatrices lesbiennes, dont Sciamma est désormais l'une des figures de proue.

🎬 Dans la même veine : pour l'amour empêché par le temps qui passe, voir Two of Us de Filippo Meneghetti, autre sommet de la romance lesbienne européenne, où l'enjeu n'est plus l'époque mais la peur d'avouer après plusieurs décennies.

★★★★★ Note de la rédaction

Sommet absolu du cinéma lesbien contemporain. Sciamma signe un film d'une rigueur formelle et d'une charge émotionnelle rares, où chaque plan pense ce qu'il filme. Une œuvre qui restera dans les anthologies du cinéma WLW au même titre que Carol ou Bound. À voir, à revoir, à transmettre.

Où voir Portrait de la jeune fille en feu ?

Le film est disponible en streaming sur Mubi et Canal+ en France selon les périodes de programmation, ainsi qu'en location numérique sur les principales plateformes de VOD. La fiche AlloCiné centralise les disponibilités à jour.

Voir sur Amazon Prime Voir sur Apple TV

La bande annonce

FAQ : Portrait de la jeune fille en feu

Portrait de la jeune fille en feu est-il un film lesbien ?

Oui. Portrait de la jeune fille en feu est un film explicitement lesbien centré sur une histoire d'amour entre Marianne et Héloïse. Réalisé par Céline Sciamma, autrice ouvertement lesbienne, il revendique un regard féministe et queer assumé, sans détour ni sous-texte, et a reçu la Queer Palm 2019 au Festival de Cannes.

Qui sont les actrices principales du film ?

Les deux rôles principaux sont tenus par Noémie Merlant, qui joue Marianne, la peintre, et Adèle Haenel, qui interprète Héloïse, la jeune aristocrate. Luàna Bajrami complète le trio dans le rôle de Sophie, la servante, et Valeria Golino interprète la Comtesse, mère d'Héloïse.

Le film est-il tragique ?

Non, au sens classique. Portrait de la jeune fille en feu ne contient ni punition morale ni drame spectaculaire. La séparation finale relève des contraintes sociales du XVIIIᵉ siècle, mais l'amour vécu par Marianne et Héloïse n'est jamais nié, dévalorisé ou utilisé comme leçon.

Pourquoi ce film est-il devenu une référence lesbienne ?

Parce qu'il propose une représentation de l'amour entre femmes fondée sur l'égalité, le consentement et la mémoire, tout en atteignant un niveau d'exigence artistique rarement accordé aux récits queer. Sa réception critique internationale, son Prix du scénario à Cannes et sa Queer Palm en 2019 ont consacré ce statut.

Où voir Portrait de la jeune fille en feu en streaming ?

Le film est disponible sur Mubi selon les périodes de programmation, sur Canal+ pour les abonnés, et en location numérique sur Apple TV, Prime Video et la plupart des plateformes VOD françaises. La fiche AlloCiné est mise à jour en continu pour signaler les nouvelles disponibilités.

Où le film a-t-il été tourné ?

Le tournage s'est déroulé à l'automne 2018 sur la côte sauvage de Quiberon en Bretagne pour les scènes maritimes, et au château de la Chapelle-Gauthier en Seine-et-Marne pour les intérieurs. Trente-huit jours de tournage en lumière naturelle ont été nécessaires, comme l'a confirmé la directrice photo Claire Mathon dans American Cinematographer en février 2020.

Quels prix Portrait de la jeune fille en feu a-t-il remportés ?

Le film a remporté le Prix du scénario et la Queer Palm au Festival de Cannes 2019, le César de la meilleure photographie en 2020 pour Claire Mathon, et a été nommé dans plusieurs catégories aux Lumières et aux Independent Spirit Awards. À l'international, il a figuré sur la majorité des classements des meilleurs films de la décennie 2010, dont celui des Cahiers du cinéma.

Qui a peint les tableaux qu'on voit à l'écran ?

Les œuvres peintes attribuées à Marianne dans la fiction sont signées par l'artiste plasticienne française Hélène Delmaire, qui a également formé Noémie Merlant à la peinture à l'huile pendant la préparation du film. Les toiles ont été réalisées en direct sur le plateau, dans la durée du tournage.

📌 À retenir

Portrait de la jeune fille en feu n'est pas un film lesbien parmi d'autres, c'est une démonstration. Démonstration qu'une romance entre femmes peut tenir le rang d'œuvre majeure du cinéma français contemporain, qu'elle peut se passer du regard masculin, du tragique punitif et de la justification, et qu'elle peut, par la force du seul désir réciproque, redéfinir ce qu'on attend d'un grand film d'amour. À voir absolument.

Sources

Article mis à jour le 29 Avril 2026

À propos de l’autrice

Kyrian Malone, autrice et fondatrice de Homoromance Éditions

Kyrian Malone est une autrice et éditrice franco-québécoise spécialisée dans la littérature lesbienne et LGBTQ+ francophone depuis 2008.

Originaire de Guyane française et aujourd’hui installée au Québec, elle commence son parcours d’écriture en 2006 avant de publier ses premiers romans originaux en 2008. Avec plus d’une centaine de romans à son actif, elle s’est imposée comme l’une des voix les plus prolifiques et engagées de la littérature saphique francophone.

En 2015, elle fonde avec sa compagne Homoromance Éditions, une maison d’édition indépendante dédiée à la promotion de récits authentiques, diversifiés et de qualité dans la littérature lesbienne et queer. Elle y accompagne de nombreuses autrices dans le développement et la publication de leurs œuvres.