
Mindhunter est une série centrée sur les tueurs en série, les mécanismes du mal et la naissance du profilage criminel. Pourtant, ce qui marque durablement une partie du public n’est pas les meurtres ni les interrogatoires, mais une histoire d’amour entre deux femmes. La relation lesbienne de Wendy Carr, discrète mais profondément incarnée, s’impose comme l’un des récits lesbiens les plus justes et les plus mémorables de la série.
Sommaire
- Une série centrée sur le crime, mais dominée par les hommes
- Wendy Carr, une héroïne lesbienne inattendue
- La première relation lesbienne de Wendy Carr
- Wendy et Kay, une relation lesbienne rare et précieuse
- Une relation lesbienne construite hors champ, mais crédible
- Une représentation lesbienne sobre et profondément actuelle
- Pourquoi cette storyline lesbienne surpasse le reste de la série ?
- Un aperçu de leur couple en vidéo
- FAQ, Mindhunter, Wendy Carr et la relation lesbienne
1. Une série centrée sur le crime, mais dominée par les hommes
"C’est une série sur des meurtres, et il y a du lesbien, comment ça tu ne regardes pas Mindhunter ?" Voilà ce que j’ai entendu pendant des mois. Et pourtant, je n’avais aucune envie de m’y mettre. Inspirée de faits réels, la série me semblait promettre des heures de discussions austères entre des hommes coincés et honnêtement, les premiers épisodes ont confirmé cette impression. D'autant que j'avais assez de livre sur les tueurs en série pour visionner une énième série sur le sujet.
Les débuts de Mindhunter sont laborieux. Les femmes n'existent presque exclusivement qu'en fonction des personnages masculins. Debbie, la compagne de Holden Ford, sert davantage d’outil narratif que de personnage à part entière. Brillante, moderne, indépendante, elle contribue pourtant sans reconnaissance à l’émergence du profilage criminel, avant d’être évacuée du récit sans ménagement.
2. Wendy Carr, une héroïne lesbienne inattendue
Et puis Wendy Carr entre en scène. Interprétée par Anna Torv (que j'ai adoré dans Fringe), Wendy Carr impose immédiatement une autre énergie. Intelligente, calme, méthodique, elle domine intellectuellement ses interlocuteurs sans jamais hausser la voix. Lorsqu’Holden Ford et Bill Tench débarquent avec leur projet bancal, elle les observe comme des enfants ayant découvert par hasard quelque chose qui les dépasse.
Wendy accepte de collaborer, d’abord à distance, principalement pour corriger leurs erreurs. Chaque scène où elle apparaît devient un contrepoint salutaire à l’agitation masculine de la série. Et très vite, un détail change tout : Wendy embrasse une femme.
Sans annonce, sans dramatisation excessive, la série révèle son homosexualité comme un fait, et non comme un événement. Une rareté.
3. La première relation lesbienne de Wendy Carr
À Boston, Wendy partage sa vie avec Annaliese Stilman, une femme aussi brillante qu’exigeante. Leur relation est intellectuelle, intense, mais marquée par une certaine rigidité. Lorsque Wendy décide de quitter Boston pour rejoindre Quantico, Annaliese refuse de la suivre. La rupture est sèche, presque hors champ, à l’image de la place limitée accordée aux relations lesbiennes dans la première saison.
La saison deux efface presque totalement Annaliese, tout comme Debbie a disparu avant elle. Mais Wendy, elle, prend davantage de place dans la narration.
4. Wendy et Kay, une relation lesbienne rare et précieuse
Tout change dans un bar lesbien. Wendy y rencontre Kay, barmaid grande, brune, sûre d’elle, interprétée par :contentReference[oaicite:2]{index=2}. Kay affiche ouvertement son homosexualité, plaisante avec les clientes, occupe l’espace avec une aisance désarmante.
Entre elles, la dynamique est immédiate. Wendy, habituellement inébranlable, hésite. Elle demande où sortir, puis ajoute, presque à voix basse : "Est-ce qu’il existe un endroit… pour nous ?" Cette hésitation, cet espace entre les mots, dit tout. C’est la première fois que Wendy doute. La première fois qu’elle s’expose.
Lorsque Kay lui demande si elle l’invite à un rendez-vous, Wendy sourit, prise de court. Et c’est précisément là que la série touche juste.
5. Une relation lesbienne construite hors champ, mais crédible
La relation entre Wendy et Kay évolue souvent en dehors de l’écran. Et pourtant, chaque scène nous informe subtilement de leur progression. On passe d’une Wendy crispée à une Wendy qui s’installe naturellement chez Kay, sort des verres à vin, prend sa place. Leur intimité est fluide, évidente, jamais fétichisée.
Contrairement à de nombreuses relations queer à la télévision, celle-ci ne dépend pas de son temps d’écran pour exister. Elle avance selon la logique interne des personnages, pas selon les besoins narratifs spectaculaires.
6. Une représentation lesbienne sobre et profondément actuelle
Mindhunter évite les clichés. L’homophobie n’est jamais utilisée comme moteur dramatique facile. Wendy est out dans certains espaces, plus prudente dans d’autres. Elle jongle entre sa carrière dans un milieu masculin, son désir de discrétion et ses besoins affectifs. Des problématiques qui, bien que situées à la fin des années 70, résonnent encore aujourd’hui.
La rupture finale entre Wendy et Kay est douloureuse. Wendy, qui a enfin abaissé ses défenses, les relève brutalement dès qu’elle se sent menacée. Kay incarne le vertige, l’imprévisible, la perte de contrôle. Wendy, elle, a besoin de maîtrise. Leur incompatibilité est émotionnelle, pas idéologique.
Cette relation, faite de contrôle, de désir et de peur diffuse, s’inscrit pleinement dans les codes du thriller lesbien, où l’intime devient un terrain de danger autant que de fascination.
7. Pourquoi cette storyline lesbienne surpasse le reste de la série ?
Les intrigues criminelles de Mindhunter sont solides, mais souvent répétitives pour les amateurs de true crime. En revanche, la relation entre Wendy et Kay apporte une profondeur émotionnelle rare. Elle ne cherche pas à plaire, ni à choquer. Elle existe, simplement.
Au milieu d’une série obsédée par la violence masculine, cette histoire d’amour entre femmes agit comme un diamant brut, presque accidentel. Une preuve que parfois, les plus belles réussites narratives ne sont pas celles qui occupent le devant de la scène.
Si une troisième saison devait voir le jour, on ne pourrait qu’espérer qu’elle rende enfin justice à Wendy Carr. Parce que si Mindhunter raconte comment naît le mal, Wendy et Kay rappellent, avec pudeur, comment naît le désir.
8. Un aperçu de leur couple en vidéo