Carol (2015) : romance lesbienne historique avec Cate Blanchett et Rooney Mara

Carol, le film de Todd Haynes sorti en France le 13 janvier 2016, adapte le roman The Price of Salt de Patricia Highsmith publié en 1952. Cate Blanchett et Rooney Mara y incarnent une romance lesbienne au cœur du New York des années 1950, dans un récit qui a marqué le cinéma queer contemporain. Récompensé par six nominations aux Oscars 2016, lauréat de la Queer Palm à Cannes 2015, le film reste une référence pour qui cherche une histoire d'amour entre femmes traitée avec rigueur, émotion et une fin qui échappe au tropisme du "bury your gays".
Fiche du film
📅 Sortie France : 13 janvier 2016 (Cannes mai 2015)
🎬 Réalisation : Todd Haynes
📖 Adaptation : The Price of Salt (1952), Patricia Highsmith
👥 Casting : Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler
🏆 Distinctions : Queer Palm (Cannes 2015), 6 nominations Oscars 2016, Prix d'interprétation Cannes (Rooney Mara)
Sommaire
- Une rencontre qui change tout
- Des performances d'actrices d'une précision bouleversante
- Une ambiance visuelle et sonore immersive
- Une romance WLW qui échappe au "bury your gays"
- Un récit nuancé sur l'oppression et la tendresse
- Pourquoi l'histoire fonctionne aussi bien dans les années 1950
- Tableau récapitulatif du film Carol
- Conclusion : un film indispensable pour les amoureuses des histoires WLW
- Note de la rédaction
- Où voir Carol en 2026 ?
- La bande annonce
- FAQ : Carol, romance lesbienne des années 1950
- Quel roman a inspiré le film Carol ?
- Qui joue Carol Aird et Therese Belivet dans le film ?
- Quelles distinctions Carol a-t-il reçues ?
- Pourquoi dit-on que Carol échappe au "bury your gays" ?
- Pourquoi le film se déroule-t-il dans les années 1950 ?
- Où voir Carol en France ?
- Le film est-il fidèle au roman de Patricia Highsmith ?
- Est-ce que Carol peut être vu par un public francophone qui découvre le cinéma lesbien ?
Une rencontre qui change tout
Une simple vente de train miniature, un regard, et tout bascule. Dès les premières minutes, Carol installe sa grammaire amoureuse dans le silence et le détail. Therese Belivet (Rooney Mara) et Carol Aird (Cate Blanchett) se croisent dans un grand magasin new-yorkais à l'approche de Noël. Aucune scène spectaculaire, aucun coup de foudre démonstratif : juste un échange de regards qui dure une fraction de seconde de trop. Cette retenue devient la signature émotionnelle du film. Certains de ses moments les plus passionnés se réduisent à un geste minuscule : une main posée sur une épaule, un sourire, un gant oublié sur un comptoir.
💡 Le saviez-vous ? Patricia Highsmith a publié The Price of Salt en 1952 sous le pseudonyme de Claire Morgan, par crainte d'être identifiée comme autrice d'un roman lesbien. Le livre n'est paru sous son vrai nom qu'en 1990, sous le titre Carol, à la suite d'une nouvelle édition.
Des performances d'actrices d'une précision bouleversante
Le film tient en grande partie sur deux interprétations rares. Rooney Mara compose une Therese aux lignes claires, presque mutiques, dont l'émotion passe par un infime tremblement du regard. Le jury cannois lui décerne le Prix d'interprétation féminine en 2015. Face à elle, Cate Blanchett joue Carol comme une figure de désir et de fragilité simultanées : l'élégance de surface, la voix posée, et juste en-dessous, une vie intérieure en train de se fissurer. Le moindre changement d'expression suffit à transmettre un trouble. Tout passe par le détail et le non-dit. La précision de leur jeu vaut au film cinq nominations aux Oscars en 2016, dont meilleure actrice (Blanchett) et meilleure actrice dans un second rôle (Mara).
Pour prolonger la lecture
Une autre romance lesbienne portée par deux actrices au sommet, située dans une France contemporaine et autour d'une histoire intergénérationnelle : Two of Us : un chef-d'œuvre bouleversant sur l'amour lesbien après 60 ans.
Une ambiance visuelle et sonore immersive
La direction artistique participe pleinement à la sensation d'enfermement et de désir. Tournés en 16 mm par le chef opérateur Edward Lachman, les plans portent un grain qui rappelle les magazines de mode des années 1950 et les photographies de Saul Leiter. Le New York hivernal, l'appartement modeste de Therese, la maison cossue de Carol, les chambres d'hôtel sur la route : chaque lieu raconte un rapport de classe et un état émotionnel. La bande originale de Carter Burwell tisse en sourdine des motifs qui n'éclatent jamais en pleine lumière, à l'image du film. Cette esthétique immersive contribue au statut culte de l'œuvre auprès de la communauté lesbienne francophone, où Carol circule comme une référence partagée depuis dix ans.
Une romance WLW qui échappe au "bury your gays"
Carol ne tue pas ses lesbiennes. C'est rare et politique. Beaucoup d'histoires mettant en scène des couples WLW, surtout celles écrites avant les années 2010, se concluent par la séparation imposée, la maladie, le suicide, le retour forcé à l'hétérosexualité. Le roman de Highsmith faisait déjà figure d'exception en 1952 en offrant une fin ouverte. Todd Haynes prolonge ce parti pris : sa dernière séquence, dans un restaurant new-yorkais, suspend le récit sur un regard et une possibilité. La caméra ne tranche pas, elle laisse respirer. Pour une partie du public lesbien, ce simple choix de mise en scène suffit à inscrire le film dans le canon des œuvres réparatrices.
À approfondir
Pour comprendre pourquoi cette fin lumineuse a marqué la communauté, lire notre dossier "Bury your gay" : pourquoi les personnages lesbiens meurent si souvent dans les séries et les films.
Un récit nuancé sur l'oppression et la tendresse
La trame n'efface pas la violence du contexte. Carol est en instance de divorce et son mari Harge engage une procédure pour obtenir la garde exclusive de leur fille Rindy, en s'appuyant sur une "clause de moralité" qui pénalisait alors les conduites jugées homosexuelles. Le scénario de Phyllis Nagy, fidèle au roman, montre comment une vie amoureuse assumée peut être requalifiée juridiquement en facteur de risque parental. Ce contexte juridique des années 1950 fait écho à des combats français contemporains : la reconnaissance des familles homoparentales et de la filiation lesbienne reste un terrain fragile, comme l'a documenté l'APGL (Association des Parents et Futurs Parents Gays et Lesbiens). Le film ménage néanmoins une part de tendresse : silences complices, voyage en voiture, première nuit dans une chambre du Iowa. Ces respirations permettent au spectateur de tomber amoureux du couple en train de se découvrir.
Pourquoi l'histoire fonctionne aussi bien dans les années 1950
Une partie du public LGBTQ+ regrette que tant de récits WLW se déroulent au passé plutôt qu'à l'époque contemporaine. La critique est légitime. Pourtant la période de Carol sert admirablement la thématique : le désir est contenu, la société étouffe, la moindre lettre devient un risque. La tension entre l'interdit et la persévérance donne à cette romance une charge supplémentaire. La période permet aussi à Todd Haynes de filmer ce que l'on appelle dans la critique queer le "regard volé" : ces plans où l'une regarde l'autre à travers une vitre, un reflet, une fente d'ascenseur. Le dispositif visuel cristallise une expérience commune, celle de devoir aimer sans pouvoir nommer.
Tableau récapitulatif du film Carol
| Élément | Détail |
|---|---|
| Titre original | Carol |
| Réalisation | Todd Haynes |
| Scénario | Phyllis Nagy |
| Roman source | The Price of Salt, Patricia Highsmith, 1952 (réédité Carol en 1990) |
| Interprètes principaux | Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler, Jake Lacy |
| Image | Edward Lachman (16 mm) |
| Musique | Carter Burwell |
| Durée | 1h58 |
| Sortie France | 13 janvier 2016 |
| Distinctions | Queer Palm Cannes 2015, Prix d'interprétation Cannes (Rooney Mara), 6 nominations Oscars 2016, 5 nominations Golden Globes |
| Distribution France | Wild Bunch |
Conclusion : un film indispensable pour les amoureuses des histoires WLW
Carol est une romance somptueuse et déchirante, un récit profondément humain qui célèbre l'amour entre femmes avec grâce et puissance. Dix ans après sa sortie, le film conserve sa place parmi les incontournables du cinéma queer francophone. Pour celles qui découvrent ou redécouvrent l'œuvre, l'expérience tient autant à la justesse du couple Blanchett/Mara qu'à la décision politique de ne pas punir ses héroïnes. C'est cette combinaison rare qui en fait, à tous égards, une magnifique romance WLW à conserver dans sa filmographie de référence.
⚖️ En un coup d'œil
✅ Romance WLW qui ne tue pas ses lesbiennes
✅ Deux interprétations majeures, primées à Cannes et nommées aux Oscars
✅ Mise en scène qui filme le désir par le détail et le silence
✅ Lecture politique sur la garde d'enfant et la "clause de moralité"
❌ Rythme contemplatif qui peut décourager un public habitué aux récits explicites
❌ Sexualité physique très tenue à l'image, choix assumé qui frustre une partie des spectatrices
Note de la rédaction
★★★★★ Verdict Homoromance Éditions
Carol reste, dix ans après, l'un des films de chevet du cinéma WLW francophone. La précision du couple Blanchett/Mara, la décision de Todd Haynes d'épargner ses héroïnes et la lecture politique du divorce en font une œuvre que l'on revoit sans en épuiser les couches. À conseiller à toute lectrice qui démarre une exploration du cinéma lesbien classique.
Où voir Carol en 2026 ?
Le film est disponible en VOD et sur plusieurs plateformes francophones. Le roman Carol de Patricia Highsmith est édité en français chez Calmann-Lévy.
Fiche AlloCiné Page IMDb Page Wikipédia
Dans la même veine
Un autre regard contemporain sur le désir lesbien, filmé en peinture et en silence, dans une France du XVIIIe siècle : Portrait de la jeune fille en feu : un film lesbien radical sur le regard et le désir.
La bande annonce
FAQ : Carol, romance lesbienne des années 1950
Quel roman a inspiré le film Carol ?
Le film est adapté de The Price of Salt, roman publié en 1952 par Patricia Highsmith sous le pseudonyme de Claire Morgan. Il a été réédité sous le titre Carol en 1990 sous le vrai nom de l'autrice. Le scénario de Phyllis Nagy reprend la trame du livre tout en resserrant le récit sur le duo Therese-Carol.
Qui joue Carol Aird et Therese Belivet dans le film ?
Cate Blanchett incarne Carol Aird, une bourgeoise new-yorkaise en instance de divorce. Rooney Mara joue Therese Belivet, jeune vendeuse aspirant à devenir photographe. Rooney Mara a reçu le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 2015 pour ce rôle.
Quelles distinctions Carol a-t-il reçues ?
Le film a obtenu la Queer Palm au Festival de Cannes 2015, le Prix d'interprétation féminine pour Rooney Mara, six nominations aux Oscars 2016 (dont meilleure actrice, meilleur scénario adapté, meilleure photographie) et cinq nominations aux Golden Globes. Aucune statuette aux Oscars, ce qui a été largement commenté par la presse cinéma comme un oubli.
Pourquoi dit-on que Carol échappe au "bury your gays" ?
Le trope du "bury your gays" désigne la tendance scénaristique à punir les personnages LGBTQ+ par la mort, la séparation forcée ou le retour à l'hétérosexualité. La fin de Carol laisse au contraire entrevoir une possibilité de retrouvailles entre les deux femmes. Cette ouverture, déjà présente dans le roman de Patricia Highsmith en 1952, faisait figure d'exception dans la fiction lesbienne de l'époque.
Pourquoi le film se déroule-t-il dans les années 1950 ?
Le récit suit fidèlement l'époque du roman source. La période permet aussi de mettre en scène la "clause de moralité" qui pénalisait alors les conduites jugées homosexuelles dans les procédures de divorce et de garde d'enfants aux États-Unis. Cette contrainte historique nourrit l'enjeu dramatique du film, sans que l'auteur en fasse une thèse explicite.
Où voir Carol en France ?
Le film est disponible en VOD sur les principales plateformes françaises et circule régulièrement dans les festivals queer francophones (Chéries-Chéris à Paris, Cineffable). Il est également distribué en Blu-ray et DVD par Wild Bunch.
Le film est-il fidèle au roman de Patricia Highsmith ?
Le scénario de Phyllis Nagy resserre l'intrigue autour du duo principal et déplace certains points de vue, notamment en accordant davantage de place au regard de Therese. La structure narrative, les enjeux juridiques liés à la garde de Rindy et la fin ouverte sont conservés. La langue tendue de Highsmith est restituée par les silences et le hors-champ plus que par les dialogues.
Est-ce que Carol peut être vu par un public francophone qui découvre le cinéma lesbien ?
Oui. Le film est souvent recommandé comme porte d'entrée dans la cinéphilie lesbienne francophone, à la fois pour la lisibilité de son récit, la qualité de son interprétation et la rareté de sa fin lumineuse. Il peut se visionner avant ou après Portrait de la jeune fille en feu, Two of Us ou The Kids Are All Right selon l'angle recherché.
📌 À retenir
Carol conjugue trois éléments rares pour une romance lesbienne historique : un casting au sommet (Blanchett, Mara), une mise en scène qui filme le désir par le détail, et une fin qui refuse de tuer ses héroïnes. Le film tient une place à part dans le cinéma queer francophone depuis sa sortie en 2016.
Sources
À propos de l’autrice

Kyrian Malone est une autrice et éditrice franco-québécoise spécialisée dans la littérature lesbienne et LGBTQ+ francophone depuis 2008.
Originaire de Guyane française et aujourd’hui installée au Québec, elle commence son parcours d’écriture en 2006 avant de publier ses premiers romans originaux en 2008. Avec plus d’une centaine de romans à son actif, elle s’est imposée comme l’une des voix les plus prolifiques et engagées de la littérature saphique francophone.
En 2015, elle fonde avec sa compagne Homoromance Éditions, une maison d’édition indépendante dédiée à la promotion de récits authentiques, diversifiés et de qualité dans la littérature lesbienne et queer. Elle y accompagne de nombreuses autrices dans le développement et la publication de leurs œuvres.
Indispensables
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