Bury your gay : pourquoi les personnages lesbiens meurent si souvent dans les séries et les films

Le trope « Bury your gay », littéralement « enterrez vos gays », désigne une tendance persistante dans les films, séries et œuvres de fiction où les personnages LGBTQ+, et en particulier les lesbiennes, sont voués à une fin tragique, souvent mortelle.
Malgré une visibilité queer en hausse depuis les années 2000, ces personnages continuent d’être sacrifiés narrativement, comme si leur bonheur ne pouvait être que provisoire. Ce phénomène, aussi appelé « syndrome de la lesbienne morte », soulève des enjeux de représentation, de stéréotypes et d’impact psychologique bien réels sur les publics concernés.
Sommaire
- Qu’est-ce que le trope « bury your gay » ?
- Origines historiques du trope dans la culture populaire
- Pourquoi les personnages lesbiens meurent plus souvent que les autres ?
- Exemples emblématiques du trope dans les séries télévisées
- Le trope « bury your gay » au cinéma
- Impact psychologique et culturel sur la communauté lgbtq+
- Comment dépasser le trope et améliorer la représentation lesbienne
- FAQ : Bury your gay
- Pourquoi parle-t-on du trope « bury your gay » ?
- Les personnages lesbiens meurent-ils vraiment plus que les autres dans les séries ?
- Le trope bury your gay est-il encore présent aujourd’hui ?
- Pourquoi ce trope pose-t-il problème pour la représentation lesbienne ?
- Existe-t-il des séries ou films qui évitent le trope bury your gay ?
- Une vidéo parlante du Bury your lesbian
- Sources et références
1. Qu’est-ce que le trope « bury your gay » ?
Le trope « Bury your gay » fait référence à la surmortalité des personnages gays, lesbiens, bisexuels ou transgenres dans les récits de fiction. Dans les séries télévisées, les films ou la littérature populaire, ces personnages connaissent bien plus souvent une fin tragique que leurs homologues hétérosexuels. La mort survient fréquemment après un moment d’accomplissement émotionnel : une relation enfin assumée, une scène d’amour, une reconnaissance sociale ou familiale.
Ce schéma narratif envoie un message implicite puissant : les personnages queer ne peuvent pas avoir de fin heureuse. Leur existence est présentée comme intrinsèquement liée à la souffrance, au danger ou à la punition. Sur le site TV Tropes, le trope est documenté depuis des années comme un mécanisme récurrent servant à créer un choc émotionnel facile ou à faire avancer l’intrigue d’un personnage hétérosexuel survivant.
En français, l’expression « syndrome de la lesbienne morte » s’est imposée pour souligner que les personnages féminins queer sont particulièrement touchés. Leur mort sert souvent de catalyseur dramatique sans réelle nécessité scénaristique, renforçant un sentiment d’insécurité et de lassitude chez les spectatrices lesbiennes et bisexuelles.
Pour celles qui en ont assez des récits où les personnages lesbiens sont condamnés à la tragédie, notre catalogue de romans lesbiens propose au contraire des histoires centrées sur des relations vivantes, durables et affranchies de ce trope narratif.
2. Origines historiques du trope dans la culture populaire
Les racines du trope « enterrez vos gays » remontent bien avant la télévision moderne. Au début du XXe siècle, les personnages homosexuels étaient rarement représentés autrement que comme des figures marginales, criminelles ou tragiques. Dans la littérature et le théâtre, la mort du personnage queer permettait de « rétablir l’ordre moral » à la fin du récit.
Aux États-Unis, le Code Hays, appliqué de 1934 à 1968, interdisait toute représentation positive de l’homosexualité au cinéma. Les scénaristes n’avaient alors que deux options : effacer complètement les personnages queer ou les faire mourir, sombrer dans la folie ou être punis pour leur orientation. Cette logique a profondément marqué l’ADN narratif de la fiction occidentale.
Des œuvres comme The Children’s Hour (1961), où une femme accusée d’être lesbienne se suicide, ont durablement installé l’idée que l’homosexualité féminine mène inévitablement à la tragédie. Même après la fin des censures officielles, ces schémas ont continué à être reproduits par inertie culturelle et narrative.
3. Pourquoi les personnages lesbiens meurent plus souvent que les autres ?
Plusieurs études et analyses médiatiques montrent que les personnages LGBTQ+ meurent entre deux et trois fois plus souvent que les personnages hétérosexuels dans les séries télévisées. Cette surmortalité n’est pas le fruit du hasard. Elle s’explique par une combinaison de facteurs : héritage historique, manque de scénaristes queer dans les writers rooms, et recours à des raccourcis émotionnels faciles.
La mort d’un personnage lesbien est souvent utilisée comme levier dramatique rapide : choquer le public, provoquer une réaction émotionnelle intense ou renforcer la gravité d’un univers narratif. Dans de nombreux cas, cette disparition n’apporte pourtant aucun bénéfice narratif durable, si ce n’est de rappeler au public queer que l’attachement émotionnel est risqué.
Les personnages lesbiens sont également plus fréquemment positionnés comme secondaires ou périphériques, ce qui les rend plus « sacrifiables » aux yeux des créateurs. Leur disparition est perçue comme moins coûteuse que celle d’un protagoniste hétérosexuel central.
4. Exemples emblématiques du trope dans les séries télévisées
4.1. Lexa dans the 100
Dans la série The 100, Lexa, cheffe charismatique et lesbienne assumée, est tuée par une balle perdue juste après avoir consommé sa relation avec Clarke. Cette mort a provoqué une vague de colère internationale, car elle cochait tous les codes du trope : bonheur queer éphémère, mort soudaine et instrumentalisation du choc émotionnel.
4.2. Tara dans Buffy contre les vampires
Dans Buffy contre les vampires, Tara est abattue par erreur après une réconciliation amoureuse avec Willow. Bien que la série soit souvent saluée pour sa modernité, cette scène reste l’un des exemples les plus cités du syndrome de la lesbienne morte.
4.3. Poussey dans Orange is the new black
La mort de Poussey Washington dans Orange Is the New Black est plus complexe. Narrativement forte et politiquement engagée, elle a néanmoins été critiquée pour son timing et son impact sur les spectatrices noires et queer, déjà sous-représentées.
4.4. Villanelle dans Killing Eve
La fin de Killing Eve, où Villanelle est abattue après avoir enfin reconnu son amour pour Eve, a suscité une frustration massive. Beaucoup y ont vu la répétition d’un schéma archaïque niant toute possibilité de futur à une relation lesbienne complexe.
5. Le trope « bury your gay » au cinéma
Le cinéma n’échappe pas à cette logique. Des films comme Lost and Delirious, High Art ou encore Boys Don’t Cry reposent sur une narration où l’amour queer se termine par la mort ou la destruction. Si certains de ces films s’appuient sur des faits réels, leur accumulation construit une vision du monde où la tragédie semble indissociable de l’identité LGBTQ+.
À l’inverse, des œuvres plus récentes comme Ammonite ou Happiest Season montrent qu’il est possible de raconter des histoires queer sans sacrifier systématiquement leurs personnages. Ces films témoignent d’une évolution progressive, mais encore fragile.
6. Impact psychologique et culturel sur la communauté lgbtq+
La répétition du trope « enterrez vos gays » a des conséquences bien documentées. Elle renforce l’idée que les vies queer sont vouées à l’échec ou à la souffrance, ce qui peut affecter l’estime de soi, particulièrement chez les jeunes en questionnement.
Des chercheurs en psychologie des médias ont montré que la représentation négative ou tragique des minorités sexuelles est corrélée à une augmentation de l’anxiété et du sentiment d’isolement. Les campagnes militantes comme #LexaDeservedBetter sont nées de ce ras-le-bol collectif face à une narration perçue comme toxique.
7. Comment dépasser le trope et améliorer la représentation lesbienne
Mettre fin au trope « Bury your gay » ne signifie pas interdire toute mort queer à l’écran, mais questionner sa fréquence et sa fonction. Les créateurs sont invités à diversifier les arcs narratifs : relations durables, personnages lesbiennes centrales, fins ouvertes ou heureuses.
L’implication de scénaristes, réalisateurs et consultantes LGBTQ+ est essentielle pour éviter les angles morts narratifs. Des séries comme Heartstopper ou A League of Their Own montrent qu’il est possible de raconter des histoires queer riches sans recourir systématiquement à la tragédie.
8. FAQ : Bury your gay
8.1. Pourquoi parle-t-on du trope « bury your gay » ?
Le terme « bury your gay » désigne un schéma narratif récurrent où les personnages LGBTQ+, en particulier les lesbiennes, meurent plus souvent que les personnages hétérosexuels, souvent après un moment de bonheur ou d’acceptation.
8.2. Les personnages lesbiens meurent-ils vraiment plus que les autres dans les séries ?
Oui. Plusieurs analyses médiatiques montrent que les personnages lesbiens et bisexuels féminins sont proportionnellement plus souvent tués à l’écran que leurs équivalents hétérosexuels, notamment dans les séries télévisées.
8.3. Le trope bury your gay est-il encore présent aujourd’hui ?
Bien qu’il soit de plus en plus critiqué, le trope « bury your gay » reste présent dans certaines productions récentes, souvent sous des formes plus subtiles ou justifiées narrativement.
8.4. Pourquoi ce trope pose-t-il problème pour la représentation lesbienne ?
Il renforce l’idée que les relations lesbiennes sont incompatibles avec des fins heureuses et contribue à une représentation négative ou anxiogène pour les spectatrices concernées.
8.5. Existe-t-il des séries ou films qui évitent le trope bury your gay ?
Oui. Certaines œuvres récentes choisissent de représenter des personnages lesbiens sans recourir systématiquement à la mort ou à la tragédie, en développant des arcs narratifs plus équilibrés et durables.
9. Une vidéo parlante du Bury your lesbian
10. Sources et références
-
TV Tropes – “Bury Your Gays”
→ Source de référence internationale sur les tropes narratifs. Très forte autorité thématique. -
Autostraddle – “Dead Lesbian Syndrome” / Lesbian & Bisexual Deaths on TV
→ Base de données militante largement citée, spécialisée dans les représentations lesbiennes. -
GLAAD – Where We Are on TV Reports
→ Rapports annuels chiffrés sur la représentation LGBTQ+ dans les séries télévisées.