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The Prom : un film lesbien Netflix entre comédie musicale et représentation queer

Date de publication : - par Kyrian Malone

The Prom, film lesbien Netflix de Ryan Murphy avec Jo Ellen Pellman et Ariana DeBose - romance WLW adolescente

Sorti sur Netflix en décembre 2020, The Prom est l'une des rares comédies musicales à placer une romance lesbienne adolescente au centre de son récit, sans tragédie, sans ambiguïté et sans excuse. Adapté de la comédie musicale de Broadway éponyme et réalisé par Ryan Murphy, le film réunit un casting de stars et deux actrices ouvertement queer pour raconter une histoire simple : celle d'une lycéenne qui veut juste aller au bal avec sa petite amie. Cette apparente légèreté cache une proposition sincère dans le paysage du cinéma lesbien mainstream, encore trop souvent dominé par la souffrance ou le deuil.

Sommaire

The Prom, un film lesbien Netflix issu de Broadway

Avant d'être un film Netflix, The Prom est une comédie musicale de Broadway créée en 2018, signée par Bob Martin, Chad Beguelin et Matthew Sklar. Elle raconte l'histoire d'Emma Nolan, lycéenne lesbienne dans une petite ville conservatrice de l'Indiana, dont la demande d'amener sa petite amie au bal de promo déclenche la colère du comité de parents d'élèves, dirigé par Mrs. Greene. Quatre acteurs de Broadway en difficulté - voyant dans cette affaire une occasion de redorer leur image médiatique - décident de partir en Indiana pour défendre la cause d'Emma. Le choc entre leur ego de stars et la réalité du terrain forme l'ossature comique du film.

Ryan Murphy, connu pour ses séries à fort ancrage queer comme Pose et Glee, adapte la pièce pour Netflix avec une mise en scène fidèle à son style : emphatique, coloré, parfois excessif. La sortie limitée en salles date du 4 décembre 2020, suivie de la mise en ligne sur Netflix le 11 décembre, ce qui lui assure une visibilité internationale immédiate et un public potentiel de plusieurs dizaines de millions de foyers.

Le contexte narratif n'est pas sans rappeler une affaire réelle : celle de Constance McMillen, lycéenne lesbienne du Mississippi empêchée d'assister au bal de sa promotion avec sa petite amie en 2010. Si le film n'est pas une adaptation directe de son histoire, l'écho est évident et ancre le récit dans une réalité documentée. Les lycéennes lesbiennes américaines confrontées à ce type d'exclusion ne manquent pas de références réelles - le film leur rend un hommage indirect.

La comédie musicale de Broadway avait elle-même rencontré un accueil critique mitigé, saluée pour son énergie et ses intentions mais parfois jugée trop consensuelle. L'adaptation de Murphy amplifie ces deux dimensions : encore plus spectaculaire, encore plus revendicatrice dans sa bienveillance.

Emma et Alyssa : une romance lesbienne portée par deux actrices queer

Au coeur du film se trouve la relation amoureuse entre Emma Nolan et Alyssa Greene - fille de la présidente du comité de parents, elle-même non assumée. C'est cette romance qui donne au film son enjeu émotionnel principal, traitée avec tendresse et sans aucune sexualisation. Ryan Murphy a fait le choix délibéré de confier ces rôles à deux actrices ouvertement queer, ce qui n'est pas anecdotique dans une industrie qui se trompe encore trop souvent de casting.

Jo Ellen Pellman, originaire de l'Ohio et diplômée de l'Université du Michigan en 2018 (BFA en comédie musicale), fait ici ses débuts au cinéma. Choisie après un casting national organisé par Ryan Murphy, elle incarne Emma avec une justesse qui tranche avec l'exubérance des stars qui l'entourent. Sa performance lui vaut le Rising Star Award de la Hollywood Creative Alliance. Elle interprète notamment le morceau solo Unruly Heart, qui concentre toute la tension émotionnelle de son personnage et constitue l'un des moments les plus forts du film.

Ariana DeBose, choisie pour le rôle d'Alyssa après le désistement d'Ariana Grande (contrainte d'abandonner le projet en raison de sa tournée mondiale), apporte une présence scénique intense. Deux ans après The Prom, DeBose remporte l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour West Side Story de Steven Spielberg - preuve que le film a servi de vrai tremplin à l'une de ses actrices principales.

Murphy assumait pleinement ce choix de casting : selon lui, Pellman et DeBose sont "toutes deux des femmes queer fières et assumées" et "les parfaites ambassadrices pour raconter cette histoire". Ce positionnement - des actrices queer dans des rôles queer centraux - est encore loin d'être la norme dans les productions de cette envergure budgétaire.

A retenir : Jo Ellen Pellman et Ariana DeBose sont toutes deux queer. Ryan Murphy a refusé de caster des actrices hétérosexuelles dans ces rôles centraux - un signal fort dans une industrie qui fait encore trop souvent ce choix inverse. Leurs performances portent la crédibilité émotionnelle du film.

Entre militantisme queer et spectacle grand public

The Prom explore la tension entre activisme authentique et activisme opportuniste à travers ses personnages adultes. Dee Dee Allen (Meryl Streep), Barry Glickman (James Corden), Angie Dickinson (Nicole Kidman), Trent Oliver (Andrew Rannells) et Felicity (Tracy Ullman) forment une troupe de stars hollywoodiennes en déclin qui s'approprient la cause d'Emma davantage par intérêt personnel que par conviction profonde. Ce cynisme structurel est l'une des forces narratives du scénario : il montre les limites d'un soutien allié qui se réduit à une opération d'image.

Kerry Washington incarne Mrs. Greene, mère d'Alyssa et antagoniste principale, avec une rigueur sobre qui contraste efficacement avec l'exubérance du reste du casting. Son personnage représente une forme d'homophobie domestique et institutionnelle - celle qui blesse d'autant plus qu'elle vient de la famille.

La mise en scène de Murphy reste fidèle à son esthétique : les couleurs sont saturées, les décors généreux, l'émotion amplifiée. C'est un cinéma de l'excès assumé, clairement ancré dans la tradition camp, qui n'a pas peur d'être "trop". Pour un public queer habitué à des représentations sobres ou tragiques, cette exubérance a une saveur particulière - celle de la joie sans culpabilité, de la visibilité sans souffrance obligatoire.

La performance de James Corden dans le rôle d'un homme gay a suscité des critiques dans la communauté queer anglophone : certains jugeaient inconfortable qu'un acteur hétérosexuel incarne ce type de personnage avec autant d'emphase. Cette controverse, mineure à la sortie du film, reste un point de réflexion pertinent sur les limites du casting inclusif - même dans des productions par ailleurs bienveillantes.

Des numéros musicaux inégaux, une générosité rare

La comédie musicale n'est pas homogène dans sa qualité d'exécution. Les numéros centrés sur Emma - notamment Unruly Heart et les scènes du bal - remplissent leur fonction émotionnelle avec efficacité et restent dans la mémoire. D'autres séquences servent surtout à mettre en valeur le casting de stars et alourdissent légèrement le rythme d'ensemble.

La bande originale, composée par Matthew Sklar avec des paroles de Chad Beguelin, transpose l'univers de Broadway vers un format cinématographique sans trahir la théâtralité originale. Elle reste accessible même pour un public peu familier avec la comédie musicale américaine - ce qui contribue à l'ouverture du film vers un public large.

Malgré ces déséquilibres, le film maintient une énergie communicative et une générosité rare dans les productions lesbiennes de cette envergure. Ce n'est pas un film parfait. C'est un film qui veut du bien à son public et qui l'assume jusqu'au bout, sans ironie ni distance calculée. Pour une production à budget conséquent sortie sur une plateforme mondiale, c'est déjà un positionnement rare et précieux.

Une place singulière dans le cinéma lesbien contemporain

The Prom ne cherche pas à être un film subversif ou politiquement radical. C'est une histoire lesbienne joyeuse, visible, assumée, destinée au plus grand nombre - et ce positionnement est lui-même un acte éditorial dans un genre encore trop souvent cantonné à la tragédie ou au drame psychologique lourd.

Dans le panorama des films et séries lesbiennes disponibles sur Netflix, The Prom occupe un espace différent de productions comme Feel Good, plus intime et autofictionnel, ou des séries à tension comme Killing Eve, portées par l'ambiguïté et la noirceur. The Prom choisit la célébration sans équivoque. C'est une entrée en matière accessible pour un public non initié, et une récréation assumée pour les spectatrices WLW qui savent ce qu'elles viennent chercher.

Sa place dans la culture lesbienne reste solide, notamment parce qu'il représente l'une des rares productions mainstream à montrer une adolescente lesbienne qui gagne - qui obtient son bal, son amour, sa visibilité - sans que cela lui coûte quoi que ce soit d'irréparable. Dans un genre où la règle implicite a longtemps été "les lesbiennes souffrent ou meurent", The Prom fait le choix inverse avec une conviction sincère.

C'est aussi l'un des rares films de cette catégorie à avoir été vu par un public aussi large, y compris par des spectatrices hétérosexuelles et des familles - ce qui lui confère une fonction de visibilité qui dépasse le cercle de la communauté WLW.

Faut-il voir The Prom aujourd'hui ?

Si vous cherchez un film lesbien accessible, joyeux et bienveillant, The Prom remplit ce cahier des charges avec honnêteté. Il ne prétend pas à la complexité de certaines oeuvres queer contemporaines, mais il offre ce que beaucoup de films du genre refusent encore : une fin heureuse, une romance visible et non tragique, une esthétique généreuse et assumée.

Pour un public adolescent ou pour quelqu'un qui découvre le cinéma lesbien, c'est un point d'entrée idéal - porté par deux actrices queer, un réalisateur engagé dans la représentation LGBTQ+ depuis des années, et une énergie pop assumée. Pour les spectatrices WLW chevronnées, il reste une parenthèse plaisante et légère, moins exigeante qu'un Portrait de la jeune fille en feu ou qu'une série de prestige, mais sincère dans ses intentions.

The Prom ne changera pas la face du cinéma. Il existe, il rayonne, et il dit clairement que les histoires lesbiennes heureuses méritent d'exister à grande échelle. Pour compléter votre exploration du genre, retrouvez notre sélection de films et séries lesbiennes sur Netflix.

Où regarder The Prom

The Prom est disponible en exclusivité sur Netflix, en version originale anglaise avec sous-titres français et en version doublée en français. Le film n'est pas disponible sur d'autres plateformes de streaming principales. Aucun support physique Blu-ray ou DVD n'est commercialisé en France.

Questions fréquentes sur The Prom

The Prom est-il un film lesbien ?

Oui. The Prom place une romance lesbienne adolescente au centre de son récit. Il aborde directement l'homophobie, la visibilité queer et le droit à exister pleinement. Les deux actrices qui portent cette romance sont elles-mêmes ouvertement queer.

The Prom est-il adapté d'une histoire vraie ?

Non directement. The Prom est l'adaptation d'une comédie musicale de Broadway (2018), elle-même fictive. Toutefois, le scénario s'inspire de situations réelles vécues par des adolescentes lesbiennes aux États-Unis, notamment l'affaire Constance McMillen en 2010 - lycéenne du Mississippi interdite d'assister au bal de sa promotion avec sa petite amie.

The Prom est-il adapté à un public adolescent ?

Oui. Le film offre une représentation positive et non sexualisée de la romance lesbienne, accessible dès l'adolescence. Malgré les thèmes d'homophobie et d'exclusion abordés, le ton général reste bienveillant et la résolution optimiste - ce qui en fait l'un des rares films du genre recommandable sans réserve pour un jeune public.

Qui a réalisé The Prom et quel est son lien avec la culture queer ?

The Prom est réalisé par Ryan Murphy, créateur de séries comme Glee, Pose et American Horror Story. Murphy est l'un des réalisateurs les plus influents dans la représentation queer à la télévision et au cinéma américains. Ses productions LGBTQ+ sont connues pour leur esthétique camp et leur traitement frontal de la visibilité.

Qui joue les rôles principaux dans The Prom ?

Jo Ellen Pellman incarne Emma Nolan et Ariana DeBose joue Alyssa Greene. Elles sont entourées de Meryl Streep, Nicole Kidman, James Corden, Andrew Rannells, Kerry Washington et Tracy Ullman. La romance young adult entre Emma et Alyssa reste le coeur émotionnel du film, malgré la présence écrasante des stars adultes.

La bande annonce

Article mis à jour le 15 Avril 2026

À propos de l’autrice

Kyrian Malone, autrice et fondatrice de Homoromance Éditions

Kyrian Malone est une autrice et éditrice franco-québécoise spécialisée dans la littérature lesbienne et LGBTQ+ francophone depuis 2008.

Originaire de Guyane française et aujourd’hui installée au Québec, elle commence son parcours d’écriture en 2006 avant de publier ses premiers romans originaux en 2008. Avec plus d’une centaine de romans à son actif, elle s’est imposée comme l’une des voix les plus prolifiques et engagées de la littérature saphique francophone.

En 2015, elle fonde avec sa compagne Homoromance Éditions, une maison d’édition indépendante dédiée à la promotion de récits authentiques, diversifiés et de qualité dans la littérature lesbienne et queer. Elle y accompagne de nombreuses autrices dans le développement et la publication de leurs œuvres.