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Interview de Lym Bordage pour le roman "57 jours"

Inter Lym

L’une des particularités de votre roman est qu’il a deux narrateurs. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’alterner les points de vue d’Eliott et de Corey?  

 Quand j'ai eu l'idée du roman, les deux personnages étaient tout aussi importants pour moi, je ne voulais pas avoir à choisir entre eux. Et du point de vue de l'histoire, il me semblait important que le lecteur comprenne les motivations de Corey, comme la détresse d'Eliott.

Jusqu’à son titre, 57 jours,  votre roman est hanté par le compte-à-rebours d’Eliott. Pourquoi compte-t-il précisément 57 jours? Ce nombre a-t-il une signification particulière pour vous?

Le nombre 57 est totalement dû au hasard ! Je voulais vraiment que le lecteur soit pris émotionnellement dans ce compte à rebours, qu'on voit le temps avancer au cours des chapitres, sans pouvoir rien faire contre lui. Moi-même j'avais hâte d'arriver au bout du décompte, tout en redoutant ce qui allait arriver. Il fallait un nombre de jours assez important pour que Corey et Eliott bâtisse cette relation de dépendance à l'autre, et en même temps assez court pour que le temps leur échappe et que la fin soit inévitable. 57 ça sonnait bien !

Un des thèmes récurrents de votre histoire est le placard. En effet, il y a plusieurs placards dans 57 jours, le placard métaphorique, celui dans lequel est enfermé l’homosexuel qui ne s’est pas encore révélé à lui-même et au monde, et le placard physique, dans lequel on se retrouve littéralement enfermé, dans le noir, sans pouvoir bouger. Personnellement, quelle symbolique accordez-vous au placard? Considérez-vous le placard comme un endroit effrayant?

 En fait, je me suis souvenue d'une vieille histoire que ma mère m'avait raconté quand j'étais petite : le témoignage d'un enfant qui avait été enfermé dans un placard par ses parents pendant de longues années. Ça m'avait beaucoup touché, et je ne comprenais pas comment on pouvait être si cruel. Enfermer Eliott,  c'était transformer la cachette réconfortante qu'il avait trouvé avec sa sœur en un endroit effrayant. C'était le privé de toute liberté (même celle d'exister), et surtout d'être lui-même.

Dans le lycée d’Eliott et Corey, l’intimidation et l’homophobie prospère. Est-ce des réalités que vous avez-vous-même observé? Croyez-vous que ces problématiques disparaîtront un jour?

Malheureusement, ces comportements sont observables partout, pour qui y prête attention. Encore plus à l'école, où l'enfant/adolescent est en train de se construire. Le lycée est un monde où le regard des autres est très important, et il est difficile d'être soi-même. A mon humble avis, même les lycéens qui paraissent avoir confiance en eux connaissent l'intimidation face au regard des autres. Il faut avoir l'impression de « rentrer dans une case ».

Cependant, je ne pense pas que des adolescents peuvent être homophobes. C'est juste que personne ne leur a appris à ne pas en avoir peur. Il y a trop de stéréotypes chez les garçons : il faut assumer sa virilité pour être accepté, et c'est bien dommage. J'espère que ces problématiques disparaîtront un jour, mais ça ne changera pas, tant que les mentalités ne bougeront pas. Si un adolescent entend ses parents (ou des adultes) plaisanter sur les homosexuels, il aura peur. Peur d'être jugé, peur d'être homosexuel, soulagé s'il ne l'est pas. Parce que personne ne lui aura expliqué que ce n'est pas grave, qu'il n'y a rien de mal à aimer quelqu'un du même sexe que soi. Il copiera l'attitude des adultes, répandra cette peur au lycée, sans même véritablement comprendre ce que cela signifie. Il se moquera de l'homosexuel, alors que lui-même n'aurait pas voulu qu'on se moque de lui. La peur de la différence est trop cultivée par les adultes, et donc par les enfants.

Vous abordez dans votre œuvre le thème douloureux de la violence faite aux enfants. Pourquoi avoir décidé de parler de ce sujet? A-t-il été difficile d’écrire certaines scènes? Avez-vous, comme disent certains auteurs, « souffert en écrivant » ?

 Je trouve qu'il existe encore trop de maltraitante envers les enfants aujourd'hui. Je parle de toute forme de maltraitance, pas que la violence physique. Il y a aussi  l'indifférence, la violence verbale, le rejet, l'absence d'amour et j'en passe. La plupart du temps, l'enfant souffre à cause du comportement d'un parent, cela à n'importe quel âge, et j'ai malheureusement trop d'exemples autour de moi pour le prouver.

J'avoue avoir pleuré en écrivant certains passages. Je voulais être au plus proche de mon personnage, et ressentir ce qu'il pouvait éprouver dans tel ou tel cas, même si ce n'était pas facile à vivre !

La famille est très importante pour Corey et Eliott. Quand est-il pour vous? Considérez-vous la famille comme une valeur fondamentale?

Tout à fait. Pour moi, la famille (l'entourage en général) construit l'individu. C'est grâce à elle si on devient quelqu'un de bien, parce qu'elle nous conseille, nous rassure, nous encourage. A l'inverse, il est facile de se perdre quand personne n'est là pour vous.

La culpabilité est l’un des sentiments qui domine la vie d’Eliott et qui le rend si malheureux.  Pourquoi  avez-vous décidé qu’elle aurait une telle importance dans sa vie?

Eliott se sent coupable de la mort de sa sœur, même s'il n'y pouvait rien. Il se sent coupable parce que justement ses parents (sa mère surtout) ne ressentent pas cette culpabilité. Ce sentiment le hante, et c'est tout ce qu'il a dans sa vie, avant de rencontrer Corey. C'est la culpabilité du survivant. Pourquoi elle et pas lui ? Est-ce qu'il aurait pu la sauver ? Est-ce qu'il aurait dû prévenir les autorités de leurs conditions de vie ? Qu'a-t-il fait pour que ses parents le détestent ? Eliott a la capacité de ressentir de la culpabilité parce qu'il est bon. Seules les mauvaises personnes sont privées de ce sentiment, et Eliott est quelqu'un de bien.

On dit souvent que les opposés s’attirent. Cela s’applique sans aucun doute à Corey et à Eliott, le premier étant le capitaine de foot du lycée et le second, la victime favorite des intimidateurs. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer un couple aussi hétéroclite?

 Je voulais prouver qu'au lycée, les étiquettes sont vite collées, et justement les différences sont souvent entretenues et encouragées. Cependant, lorsque les masques tombent, on peut vite se rendre compte qu'une personne qui semble totalement différente peut ressentir la même chose que vous. J'aimerai que les lycéens aillent au delà des préjugés, parce que souvent, ils sont coincés dans un rôle qui ne leur convient pas forcément. Corey, parce qu'il est capitaine de foot, se sent obligé de passer du temps avec son équipe, d'être comme eux. Sa rencontre avec Eliott va le libérer de ce faux poids que les lycéens se sentent souvent obligés de porter.

Le sport est essentiel pour Corey. C’est l’une des seules choses auxquelles il peut se raccrocher lorsque sa vie bascule. Cela lui permet notamment de gérer ses émotions.  Quant est-il pour vous? Aimez-vous le sport? En pratiquez-vous?

Le foot est pour Corey ce que la danse est pour moi. Ce n'est pas une légende, faire du sport permet réellement de se débarrasser des tensions ! L'espace de quelques heures, on peut vraiment tout oublier, et c'est agréable. Quand je me suis blessée à la jambe, et que j'ai dû arrêté un an, j'étais tellement frustrée ! C'est là que l'écriture est devenue encore plus importante pour moi, il fallait que je me défoule. Tout le monde doit avoir son échappatoire, je pense que c'est important pour rester sain d'esprit !

Outre l’écriture, avez-vous d’autres passions artistiques?

La danse, évidemment.

Après j'ai bien essayé de dessiner, mais sans modèles c'est pas terrible ! C'est selon mon humeur, parce qu'il faut être très patient.

Je me suis essayé à la guitare et au piano aussi, car j'adore la musique. Mais comme tout art, ça se travaille longuement, et je n'ai pas toujours trouvé le temps de m'exercer, surtout que j'apprends toute seule !

Enfin, je sors mon appareil photo dès que j'en ai l'occasion, et sans vouloir me vanter, je m'améliore de plus en plus ! Je trouve ça presque magique de capturer des images pour toujours.

 

 

 

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